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vendredi 8 février 2013

Stratégie européenne de "cyber-sécurité" : entre pragmatisme et opportunisme

Source : Site europa.eu
Avec fracas a été publiée la stratégie européenne de cyber-sécurité nous donnant ainsi la possibilité d'entrevoir les objectifs de l'UE en matière de sécurité informatique. Et cette lecture n'est pas nécessairement décevante. Jugeons plutôt.

A noter que n'étant plus depuis longtemps un spécialiste des institutions européennes, toute remarque, aimablement formulée, sur le partage des responsabilités est intéressante.

Tout d'abord, cette publication intervient dans un contexte d'activisme fort des institutions européennes en la matière avec l'ouverture récente (11 Janvier) du Centre européen de lutte contre la cybercriminalité (EC3). Elle s'ajoute également à la rédaction d'un projet de directive européenne portant sur la mise en oeuvre de différents mécanismes dans le domaine de la sécurité.

Il n'est pas question ici de commenter chaque aspect du texte que chacun est libre de lire et d'interpréter. Éclairons seulement quelques points. Par exemple,  la démarche volontariste de la commission veut que les principes de démocratie et de liberté s'appliquent pleinement. En conséquence, le document prend partie pour une gouvernance Internet orientée vers le modèle "multi-stakeholder" qui n'a pas la préférence de l'ensemble des gouvernements. Cela dit, aucun autre modèle ne satisfait puisque les alternatives connues sont proposées par l'UIT - voir la conférence de Dubaï - semblent pires.

Une autre posture, quasi-philosophique, prend l'air de paradoxe. En effet, la stratégie se fixe comme objectifs à la fois la Sécurité mais également la Liberté. Or, en l'état actuel de la sécurité et des libertés sur le net, tout mouvement vers l'un ou l'autre est immédiatement contestée. Il semble très délicat de résoudre ce paradoxe car la liberté aujourd'hui permise sur ces réseaux est également un facteur de criminalité important. Un défi de taille donc !

En effet, le texte de la commission établit une organisation et des processus intéressants centrés autour du partage d'information et de la structure "NIS" pour Network and Information Security. Par exemple, il est annoncé la création d'une entité de lutte contre les "botnets" pour l'année 2013. En bref, c'est une position de pilotage et de coordination que souhaite mettre en oeuvre la commission européenne. Le schéma ci-dessous le résume assez bien.

On notera également que le document fait preuve d'un certain opportunisme en évoquant par exemple le domaine de la défense dont on connait les problématiques. Au travers du "thème stratégique" le plus court du texte est ainsi matérialisée une tentative, délicate, de formaliser des relations de défense sur ce thème. A la décharge des rédacteurs, ne pas le traiter aurait été étrange mais cela reste un domaine où la prégnance du régalien est très forte. De plus, la nature même du sujet renforce les problématiques de protection du secret ou de discrétion.

Enfin, le document met en oeuvre une réflexion assez aboutie sur une thématique sans doute majeure dans les prochaines années, le développement et le maintien d'une forme de supériorité ou tout du moins de maîtrise technologique. Cette stratégie n'oublie pas non plus le volet international puisqu'elle implique le Haut-Représentant de l'Union. 

En conclusion, cette stratégie constitue un document intéressant intégrant des dispositions pratiques ainsi qu'une approche relativement globale. Critiquables, sans doute, à bien des égards, elle crée pourtant un circuit de partage de l'information qui semble nécessaire au regard des besoins analytiques que nous avons plusieurs fois évoqué. Elle s'inscrit pourtant dans un ensemble de relations complexes et dans un jeu institutionnel touchant les états au plus près de leurs intérêts ce qui constitue, en soi, un défi dont l'issue devra être regardée de prés.

Source :



jeudi 7 février 2013

Améliorer la SSI par l'assurance ?

Source : ENISA
L'ENISA, l'organisme européen en charge des questions de "cyber-sécurité" produisait récemment une étude sur le marché des assurances et les offres de celles-ci pour couvrir les risques en matière de sécurité informatique.

L'annonce du rapport est disponible sur leur site, accompagné d'une série de diapositives. C'est l'occasion de l'analyser.


Rappelons également quelques articles publiés sur ce blog au sein desquels la problématique de l'assurance était abordée. Globalement, il semble que les questions posées demeurent identiques, à savoir : peut-on améliorer le niveau de sécurité par le recours aux assurances ou bien cela ne conduira-t-il qu'à un transfert de la gestion des risques. Sur ce dernier point, on prendra garde à ne pas confondre le transfert du risque préalablement analysé par une méthode idoine avec le transfert de la gestion du risque. Dans le second cas, cela revient à refuser de considérer lesdits risques en se bornant à provisionner des sommes d'argents pour gérer les ennuis.

Revenons aux travaux présentés par l'organisation : ceux-ci identifient un "état de l'art", des barrières et des recommandations.

Un premier point intéressant est que ce marché n'est pas nouveau puisque les premiers contrats ont débuté dans les années 70. Toutefois, il semble que la majorité des sociétés qui en proposent soient localisées aux Etats-Unis. Peut-on y voir un nouveau domaine à "conquérir" en Europe ?

Au niveau des risques couverts, on trouve communément les dommages issus d'atteintes sur la disponibilité des systèmes ou encore la fuite de données personnelles. En revanche, il semble que les assurances refusent de couvrir des cas particuliers comment les atteintes à la réputation ou l'espionnage industriel ou enfin la protection de la propriété intellectuelle. Or, comme ces sujets concernent des intérêts majeurs de la protection de l'information, l'élévation de la SSI par l'assurance ne semble pas un effet perceptible immédiatement ou à court-terme.

Toutefois, c'est surtout au niveau des barrières et des défis que reposent, à mon sens, tout l'intérêt de cette problématique. De manière générale, l'ENISA identifie deux problématiques majeurs :

- le manque de données fiables et la difficulté à les rassembler ;

- la difficulté à estimer les risques et les coûts induits qui permettraient aux assureurs de développer des offres réelles crédibles : le coût de l'assurance, les contraintes et les remboursements.

Or, dans un récent article, ces deux aspects étaient également évoqués. En effet, la mise en oeuvre de la sécurité dans les organisations, dans une perspective défensive ou simplement de protection semble buter aujourd'hui sur notre faculté à identifier de manière précise les menaces ou l'adversaire. Une rhétorique abusive et controversée orientée autour d'une approche très légère de ces problématiques n'aide en rien à sa compréhension fine et à la définition des modèles d'action.

Contrairement à ce blog, pour le moment, l'ENISA développe également une courte liste des moyens permettant de résoudre ces problèmes. Autour de la question de l'information, elle préconise notamment de s'appuyer sur les obligations légales ou réglementaires d'informations des incidents de sécurité : Art. 13a du "paquet télécom" ou encore l'obligation d'informations en cas de fuites de données personnelles.

En ce qui concerne la mesure et l'analyse des riques, une sorte d'actuaire de la SSI, il sera visiblement nécessaire de développer des "frameworks" ou des cadres d'analyse commun. Cette recommandation illustre à elle-seule tant le besoin que l'absence de ces méthodologies d'analyse et de calculs.

L'augmentation du niveau de sécurité de l'information par le recours plus systématique à l'assurance semble aujourd'hui en voie d'amélioration. Si le ressenti immédiat des effets persiste encore à être un "doux rêve", le document montre ici une démarche volontariste identifiant de manière tout à fait intéressante les besoins et manquements. Enfin, il semble que cette démarche analytique puisse être rapprochée de besoins du même type dans des domaines comme la LID. C'est donc, finalement, un premier pas et sans doute un progrès dans l'amélioration de nos capacités à créer un écosystème de sécurité. 

Source :

dans le texte

lundi 29 octobre 2012

Inflation de cyber incidents ?

Ou plutôt d'exercices visant à améliorer les capacités d'intervention et de coordination. 

La preuve en est apportée par l'Enisa qui publie un rapport dont les résultats sont issus d'une analyse de la plupart des exercices nationaux ou internationaux conduit entre 2002 et 2012.


Quelques fait intéressants que révèlent l'analyse :

- 64% des exercices sont volontiers internationaux en impliquant plus de 10 pays différents
- 57% des exercices font intervenir tant des acteurs publics que privés
- 74% des exercices conduits ont également une stratégie de communication, favorisant la sensibilisation du public (ou le FUD selon les opinions)

Le rapport en profite pour établir plusieurs recommandations parmi lesquelles la nécessité d'impliquer l'ensemble des acteurs, la conduite d'exercices à la complexité croissante et la nécessité de mettre en oeuvre des mécanismes d'apprentissage par retour d'expérience.

L'Enisa est ainsi "dans le vent" puisque plusieurs acteurs importants dans les différentes crises de sécurité informatique ont également été présents ces derniers jours. 

En particulier, les Etats-Unis et le Canada ont lancé un Joint Cybersecurity Plan soutenu conjointement par le Department of Homeland Security et le Public Safety Canada. Ce plan doit, selon les dirigeants, mettre en oeuvre un meilleur partage de l'information ainsi que des pratiques renforcées de coopération ainsi que des échanges de bonnes pratiques.

Enfin, l'Iran s'est également illustré récemment avec l'annonce d'un document dédiée à la "cyber-sécurité" dont la publication intervient pendant une semaine d’exercices dédiées à la défense passive. L'information que nous devons au blog E-conflict, est également importante par son contenue. La stratégie retenue se voudrait essentiellement défensive voire dissuasive.

Des exercices de nature "cyber" seront d'ailleurs menés pour la première fois par ce pays durant cette semaine spécifique. On se souviendra évidemment du cas Stuxnet qui avait mis l'Iran et son programme nucléaire au cœur de l'attention.

La conduite de ce type d'exercices est intéressant car comme on peut le voir, elle fait essentiellement intervenir des acteurs et des concepts associés au monde de la "sécurité" ou de la "sureté". L'approche stratégique récente (Livre Blanc 2008) marquait une fusion du monde sécurité et du monde défense en insistant sur les complémentarités : le cas iranien tend à illustrer ce fait. Pour autant, il semblerait que le monde anglo-saxon s'en éloigne puisque ce sont bien des acteurs de sécurité intérieure qui agissent aux Etats-Unis et au Canada. On rappellera d'ailleurs que malgré des appels pressants, les Etats-Unis semblent persister à diviser les domaines de responsabilités et à contenir NSA et Cyber-Command aux strictes nécessités de la conduite d'opérations militaires.

Source :

http://www.enisa.europa.eu/media/press-releases/the-anatomy-of-national-and-international-cyber-security-exercises-new-report-by-the-eu-cyber-security-agency-enisa

http://www.securityweek.com/us-canada-launch-joint-cybersecurity-plan

http://presstv.com/detail/2012/10/24/268414/iran-will-hold-firstever-cyber-drills/

http://french.irib.ir/info/iran-actualite/item/220878-le-nouveau-document-strat%C3%A9gique-de-la-cyber-d%C3%A9fense-iranien-sera-d%C3%A9voil%C3%A9

vendredi 5 octobre 2012

Cyber Europe 2012...quelle profondeur ?

L'ENISA, l'agence européenne chargée des questions de sécurité des systèmes d'informations a réuni hier prés de 300 personnes dans la conduite d'un exercice de lutte informatique. Un précédent opus de cet exercice avait réuni en 2010 plusieurs participants.

Au-delà du chiffre des 300 professionnels de la sécurité, quelques éléments sont intéressants :

- 4 pays étaient invités en tant qu'observateurs et 25 pays ont directement participé, ce qui est relativement intéressant pour l'Europe actuelle.

- plus de 1000 incidents impliquant un volet "cyber" ont été joués et traités par les participants.

- le secteur public européen n'était pas le seul contrairement à 2010 semble-t-il. Des acteurs de la finance, des fournisseurs d'accès ou de services sur Internet ou encore des acteurs du eGovernement étaient également impliqués.

Trois objectifs ont été retenus pour cet exercice qui s'inscrivait dans un cadre général impliquant un important déni de service sur des infrastructures et des services importants. Selon le scénario, le DDOS retenu aurait pour capacité d'ennuyer sérieusement des millions de citoyens. Une forme étendue de ce qui a pu se passer en Estonie donc.

Les 3 objectifs de l'exercice :

- Mesurer l'efficacité et la capacité des mécanismes et procédures d'échanges et de réactions actuelles notamment en matière de flux d'information en cas de crise

- Analyser les capacités de coopération entre le privé et le public

- Identifier les marges de progression dans la gestion européenne des crises "cyber"

Ce type d'exercice demeure largement fictif car "sur-table" mais toujours intéressant. La participation d'acteurs privés est un facteur de réalisme et de crédibilité. L'aspect déni de service pose question car on peut se demander si les attaques actuelles sont bien représentées par cette méthode. Toutefois, peu de détails sont livrés et on reste un peu sur notre faim.

Une remarque finale : après tout, ce type d'attaque n'est-il pas un des rares, voire le seul, à faire intervenir officiellement des représentants de gestion de crise par pays ? En effet, une attaque plus intrusive de type "APT" dont l'objectif pourrait être l'espionnage ferait-elle l'objet d'une communication entre états ?

Source :




jeudi 31 mai 2012

CERTs européens

Dans le cadre de ses travaux relatif à l'approche global des questions de cyber-sécurité, l'ENISA nous propose une liste des CERTs existant en Europe.



Source :


jeudi 22 mars 2012

Stratégie pour la Gouvernance de l'Internet - Conseil de l'Europe


Le 15 Mars 2012, le Conseil de l'Europe a publié une stratégie relative à la Gouvernance de l'Internet. Ce document fait date car il établit une prise de position politique ferme de l'entité et témoigne d'un intérêt réel pour la matière.

Cet intérêt est bien évidemment dans l'air du temps, que ce soit en raison des problématiques de criminalité, militaires ou encore stratégiques. Reste à déterminer si la manière dont l'entité s'empare du sujet correspond à une de ces logiques spécifiques.

Une bonne synthèse disponible en ligne permet effectivement de résumer ce document en quelques points. Tout d'abord, il est construit autour deux aspects principaux : la protection des droits et libertés des personnes et la lutte contre la cybercriminalité.

Aspect également remarquable, le Conseil de l'Europe ne se positionne pas ouvertement pour une révolution du système de gouvernance et donne au contraire une certaine légitimité à l'ICANN avec qui il entend maintenir des relations étroites.

Plongeons nous un peu plus dans le texte ! Quelques éléments sont ainsi passionnants.

Par exemple, le Conseil formule un certain éloge de la Convention de Budapest qu'il définit comme une référence à respecter et à partager entre états et entités afin de garantir une plus grande efficacité dans la lutte contre la cybercriminalité.

D'autres références sont intéressantes comme celles sur les données personnelles qui est au coeur d'un intense lobbying mais également du modèle de gratuité qui nous est proposée par des services comme Google.

On trouve également un engagement fort en faveur de la neutralité du réseau, sujet également très sensible. Décelable dés le début lorsque le texte parle d'un Internet "universel, ouvert et novateur", on le trouve ensuite clairement formulé à la ligne d'action 8 sur les 40 que compte la stratégie.

A cet égard, on peut interpréter le choix du Conseil de l'Europe : la neutralité du réseau serait un concept dérivé des droits de l'homme auquel il faudrait donner un contenu plus clair et surtout partagé afin d'en assurer le respect par l'ensemble des acteurs.

Proposant donc 40 lignes d'actions jusqu'en 2015, la tonalité de ce document est hautement politique et humaniste. La promotion de l'innovation et du développement ainsi que la protection des enfants et adolescents sont également un axe clé de cette stratégie.

Ainsi, la ligne d'action 8-c fonde, une fois encore sur les droits de l'homme, le principe d'une action normative inter-gouvernementale ayant pour objectif de définir les principes et mécanismes propres à éviter toute coupure ou dysfonctionnement de l'Internet. Une vision cynique pourrait voir en cela des modalités de préservation du net dans les "révolutions" comme celle du "printemps arabe" mais aussi une forme accrue de participation des gouvernements dans les décisions liées à la résilience du net, pour le moment cantonnées aux seuls pouvoirs des USA.

Pour autant, le document, notamment au point 12, se donne une vision claire des problématiques de criminalité sur Internet en insistant sur les liens avec le financement des activités criminelles ou terroristes diverses. A cet égard, la stratégie propose de manière assez remarquable des liens avec différents textes pré-existant comme la Convention sur la prévention du Terrorisme ainsi que l'établissement des relations, dans ce cadre spécifique, avec des institutions comme l'OSCE.

Enfin, de manière remarquable, le Conseil de l'Europe construit une forme de réseau des entités de gouvernance susceptible d'avoir une action politique dans les sujets qui sont au coeur de cette stratégique : Droits de l'homme et Protection, Lutte contre la criminalité et Développement économique et culturel.

Ne reniant pas, pour d'évidentes raisons diplomatiques, une approche très pragmatique, cette stratégie place le Conseil de l'Europe comme un acteur pré-éminent des entités de la gouvernance. Ainsi, la liste des entités identifiées comme partenaires pour la conduite de la stratégie et de la gouvernance comporte :

- l’Union européenne ; l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ; l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)

- les Nations Unies, et en particulier l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), l’Alliance des civilisations, le Département des affaires économiques et sociales de l’ONU (UNDAES), l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime et l’Union internationale des télécommunications (UIT)

- les organisations, réseaux et initiatives oeuvrant contre la cybercriminalité et pour la cybersécurité comme Europol, Interpol, la Virtual Global Task Force, le Commonwealth, etc.

- la Banque mondiale

- les réseaux de gouvernance de l’Internet, et en particulier les groupes impliqués dans le Dialogue européen sur la gouvernance de l’Internet (EuroDIG), le Forum sur la gouvernance de l’Internet (FGI), les initiatives nationales du FGI et la Société pour l’attribution des noms de domaine et des numéros sur Internet (ICANN)

- les acteurs du secteur privé (notamment les fournisseurs de services et de technologies Internet)

- les réseaux professionnels, y compris les organes du secteur privé comme l’Association européenne des fournisseurs d'accès à l'Internet, la Chambre de commerce internationale et Business for Social Responsibility ;- les réseaux de la société civile ;

En gras, vous sont indiqués certaines des entités les plus connues mais parfois également les plus contestées.

Ce faisant, le Conseil de l'Europe dresse un panorama des acteurs pertinents de la Gouvernance et les reconnaissant, leur donne une certaine forme de légitimité. Si ce paysage semble intéressant, on pourrait craindre une dispersion des efforts auprès d'acteurs aux pouvoirs décisionnaires limités ou aux agendas contestables. Il demeure néanmoins particulièrement intéressant que le Conseil de l'Europe se penche enfin sur cette question essentielle.

Source :


jeudi 23 février 2012

Le renouveau de la Gouvernance, c'est maintenant !


Edit :

A noter la très ferme prise de position de M. Eric Schmidt qui dénonce dans ses propos ce projet de révision du traité de 1998 (pour y inclure Internet) notamment en évoquant les risques qu'il y voit...


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Le 27 février devrait débuter à Genève une série de négociations relatives au futur d'Internet et en particulier sur son système de gouvernance.

Les lecteurs qui suivent un peu nos écrits auront décelé l'exagération du titre (mais il faut bien publier :) ) ainsi qu'une erreur dans la première phrase. Bien évidemment, cette série de négociations n'a rien de bien nouveau car elle s'insère dans une dynamique visant à modifier drastiquement les enjeux de pouvoirs au sein de ce système de gestion de ressources du Net.

Les échanges diplomatiques relatifs à Internet peuvent être, selon moi, classés en deux catégories : une première relative aux conflits intéressant l'information et l'informatique dont nous avons déjà parlé et une seconde relative aux enjeux de possession et de contrôle sur les infrastructures techniques et de décisions qui font encore aujourd'hui l'Internet que nous connaissons. Ceci a longuement été évoqué dans divers articles précédents.

En particulier, la Chine et la Russie ont depuis longtemps promu des approches différentes en insistant sur la nécessité de donner un caractère internationale et surtout inter-gouveremental à ce qui est parfois considéré comme relevant d'un bien commun. Dans cette acceptation, l'organisme de régulation tout désigné serait évidemment l'UIT ou Union International des Télécommunications qui relève de l'ONU. A l'instar de l'assemblée onusienne, la représentation au sein de l'UIT connait des équilibres de pouvoirs différents et surtout, l'organisation est présidée par un secrétaire dont les amitiés envers la Russie sont notoires...pour y avoir fait une bonne partie de son éducation supérieure (c'est anecdotique certes mais éclairant).

Et les enjeux sont relativement importants car bien que, depuis 1988, le traité écartant Internet de la régulation des télécoms ait permis justement l'essort qu'on lui connait aujourd'hui, force est de reconnaître que de nombreuses pressions poussent à l'évolution du système. Ainsi sont parfois évoqués la main-mise des Etats-Unis sur le système, certaines incapacités à le faire évoluer ou encore la balkanisation de l'Internet...

Une opinion toute personnelle est que le système a assuré jusqu'à aujourd'hui de nombreux services et mêmes certaines évolutions majeures comme le DNSSEC. De même, il n'est pas sur du tout que l'ensemble des pays soit bien conscient de ce qu'ils doivent au Net et de la perte que pourrait constituer un aspect balkanisé...Cela sans compter la technologie qui peut, parfois, bouleverser l'approche géopolitique de la chose.

Et pourtant, les ambitions des pays soutenant cette approche bien particulière des choses sont parfois considérables. Ainsi, les objets de régulation sous contrôle de l'UIT pourront être :

=> la cyber-sécurité et les données personnelles

=> développer diverses pratiques tarifaires et de régulation en ce qui concerne l'échange de trafic internationaux : téléphonie, peering, usage différencié suivant les réseaux de transits utilisés...

=> subordonner l'ICANN et ses fonctions techniques de régulation à diverses autorités de l'UIT

Ces quelques mesures sont un peu plus détaillées par l'article (cf. ci-dessous) du Wall Street Journal qui les tient d'une liste de propositions établies pour un sommet précédent, à Dubaï. Il est vrai que l'on pourrait craindre pour certaines des qualités de l'Internet dans sa conception actuelle et notamment la neutralité.

Ces discussions et évolutions sont de nature à bouleverser profondément l'écosystème d'Internet et de sa gouvernance et sonne comme un retour en force de l'Etat au sein du système international. Il demeure très intéressant, à mon sens, de s'intéresser de près à ce qui pourrait être, ou non, un changement très profond.

Source :




lundi 7 novembre 2011

Exercice Cyber Atlantic 2011

Pour ceux qui auraient été complétement dépourvus de connexion Internet ces derniers jours, il est à signaler la tenue d'un exercice de lutte informatique commun entre les Etats-Unis et plusieurs pays d'Europe : Cyber Atlantic 2011.

Premier du genre amenant les Etats-Unis à participer à un exercice pan-européen, cet exercice se fait également sous l'égide de l'ENISA (l'agence européenne de SSI) et se situe dans la droite lignée des exercices précédents Cyber Europe (notamment en 2010).

Selon les quelques éléments sur le sujet, l'attaque aurait mis en jeu une suite d'éléments souvent dénommés sous le vocable APT. Pour mémoire, ce type d'attaque, très commune à l'heure actuelle, utilise de manière intelligente une suite d'exploits dont la technicité n'est pas forcément très élevée. Les failles organisationnelles et vulnérabilités intrinsèques font le reste...Une attaque à l'heure du temps donc...

Source : http://www.zdnet.fr/actualites/l-europe-et-les-etats-unis-s-entra-nent-a-contrer-les-cyberattaques-39765379.htm#xtor=EPR-100

vendredi 28 octobre 2011

Des signes d'offensive dans le cyber ? Finlande et DHS

Quelques éléments nous conduisent à interroger la notion d'offensive dans le cyberespace. En particulier deux :

- la publication par la Finlande d'une stratégie de lutte informatique aux relents offensifs

- un discours orienté de la secrétaire d'Etat du DHS, Janet Napolitano.

Dans le cas de la Finlande, il s'agit d'un document proposé par le Ministère de la Défense. Ce point peut-être intéressant car, par exemple, aux USA, il existe des documents de très haut niveau stratégique en complément de document publié par les armées. Ici, on est donc à un niveau "intermédiaire" : ce n'est pas une doctrine d'emploi mais pas non plus une stratégie nationale.

Or, ici, la Finlande ne fait pas mystère du développement de capacités offensives afin d'offrir une "Plateforme de Réponse crédible". Si l'on reprend les mots d'un officiel, celui-ci considère que la "meilleure défense demeure l'attaque" et qu'on ne peut être ni crédible ni efficace sans capacité offensive.

Il est à noter que ce document demeure un "draft" et non encore une position officielle, celle-ci étant espérée pour 2012 par les autorités. Il semble aussi intéressant de retenir que ce cheminement de pensée semble être inspiré par la Suède qui a subi en 2009 des attaques informatiques relativement importantes. Par ailleurs, la Finlande semble collaborer largement avec le CCD COE de l'OTAN situé en Estonie.

Lors d'un évènement officiel, Janet Napolitano a présenté une vision très "punchy" du futur de la défense informatique des Etats-Unis en insistant particulièrement sur le recrutement de personnalités dites de type "hackers" connaissant tout ensemble les ressorts de l'attaque et celle de la sécurisation.

Les qualifiant de "cyber geeks" (sid), elle a évoqué la problématique accrue du recrutement et des difficultés afférentes. Il n'en demeure pas moins qu'il semble que pour ces personnalités officielles, la possession de capacités offensives demeurent un pré-requis. Un ancien directeur de la NSA a d'ailleurs ajouté que selon lui, cette agence devrait se voir confier plus des responsabilités en matière de protection - notez qu'elle en possède déjà beaucoup.

Il semble ainsi que quelques indices tendent à confondre cette vision actuellement très duale de l'attaquant et du défenseur. S'il demeure vrai qu'un à un niveau très personnel, le professionnel en SSI sait la nécessité de bien connaître les modalités des attaques afin d'adapter sa défense, cela est différent pour un gouvernement.

Ainsi, le caractère spécifique des attaques, souvent dissimulées, et que l'on pourrait presque qualifier de "clandestines" renvoie à des méthodologies d'action de l'Etat souvent discrètes et que l'on ne reconnait surtout pas officiellement. Pour moi, il s'agirait d'une évolution intéressante que ces évènements matérialisent : cela peut demeurer cependant juste un épiphénomène.

Source : dans le texte

mardi 20 septembre 2011

Une autre agence européenne...

Le 12 septembre, le Conseil Européen a autorisé la création d'une Agence Européenne de gestion opérationnelle des systèmes d'informations.

Cette agence ne remplace pas l'ENISA mais son action possédera un volet SSI prononcé en raison des systèmes dont elle aura la charge : Schengen 2 ou SIS II (qui permet l'échange d'informations entre les polices européennes), le système d'information sur les visas ou VIS (une base de données qui permet aux États membres d'entrer, de mettre à jour et de consulter les visas et les informations biométriques associées, par voie électronique) et le système "Eurodac" (un système informatique permettant de comparer les empreintes digitales des demandeurs d'asile et des immigrants illégaux).

Officiellement installée à Tallinn, capitale estonienne qui accueille également le centre de doctrines de l'OTAN sur la cyberdéfense, son "coeur" opérationnel sera néanmoins à Strasbourg. En cas de problème, un site de secours sera disponible en Autriche.

Cette disposition rappelle la création récente par l'Etat français d'une Direction Interministérielle des SI dont le champ d'application ne recouvre pas celui de l'ANSSI mais qui laisse présager une collaboration future très probable.

De manière similaire, l'Europe dispose déjà de l'ENISA, en Crète et maintenant d'une entité plus opérationnelle.

Pour en savoir plus sur les organisations mises en place en France ou ailleurs, n'hésitez pas à aller lire le CahierN°2 d'AGS consacré aux stratégies dans le cyberespace.



Source :

http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-une-agence-pour-gerer-les-systemes-d-informations-de-l-eu-34650.html