dimanche 15 mars 2009

Article

A noter l'excellent article très détaillé de Jean-Jacques Cécile qui développe l'approche informative préalable à la commission d'un attentat.

On retiendra aussi qu'un manuel retrouvé à Manchester chez un membre d'Al-Quaeda affirme que 80% des informations nécessaires sont disponibles en sources ouvertes sur Internet.

Bonne lecture : http://www.armees.com/Comment-les-terroristes-preparent.html

mercredi 11 mars 2009

Du nouveau sur les "cyberguerres"

Il existe deux cas avérés, au sens médiatique, de cyberguerre : les évènements en Estonie et ceux qui ont accompagné les affrontement avec la Russie en Géorgie.

Bien évidemment, ces évènements de politique internationale ne sont pas les premiers à comporter une phase dans le cyberespace/guerre informatique. On ne saurait les appeler non plus "guerre de l'information" qui est elle, bien plus ancienne.

Elles constituent cependant un cas particulier pour deux raisons :

- pour l'Estonie, les conséquences ont été très importantes et pourtant réalisées uniquement via Internet.

- pour la Géorgie, l'aspect cyber-espace a été identifié très tôt en l'isolant parfois des autres affrontements.

Cela étant, deux articles récemment publiés reviennent sur les responsabilités de ces attaques et apportent de nouvelles informations.

On rappellera que le gouvernement estonien avait très vite réagi à ces attaques en accusant la Russie qui serait intervenu dans le cadre de sa politique internationale agressive, de reconquête suite au déplacement - à la relégation diraient certains - de la statue du soldat russe, initialement placée au centre de la capitale, en banlieue.

Suite à cela, diverses opinions ont été émises mettant en cause la cybercriminalité organisée (cf. www.cidris.fr - mémoire de master 2) ou encore des Hacktivistes (Ibid.) ou même le gouvernement estonien lui-même qui aurait intrigué afin de ramener l'attention otanienne sur son pays et bénéficier d'une présence plus importante (matérialisée aujourd'hui par le centre dévolue aux cyber-attaques).

Cette dernière opinion est assez extrême mais il est vrai que ce pays a fait preuve d'une grande proactivité par la suite et a bien obtenu la création de ce centre.

Plus précisément, ces articles permettent de revenir sur deux points fondamentaux :

- La preuve numérique
- l'enchaînement des responsabilités

La preuve numérique est la capacité à prouver via des éléments informatiques : logs, éléments extraits de disques durs, fichiers divers et variés...des éléments dans une procédure officielle. Malgré son importance à l'heure actuelle considérant la prépondérance de l'outil à tous les niveaux de notre société, on ne saurait pourtant toujours lui accorder un crédit immense.

Ainsi, si les médias qualifient l'IP de "carte d'identité numérique" dans leur présentation de la loi HADOPI, l'UFC-Que Choisir a prouvé devant huissier la facilité à usurper une adresse IP...Et cela n'en est qu'un exemple.

Dans le cadre d'affrontements entre états ou pour utiliser le mécanisme de l'art. 5 de l'OTAN, l'acte de guerre dont l'auteur est identifié est nécessaire. La faculté de certains services des états à intervenir sous fausse identité et de façon non-officielle témoigne en un sens de l'attrait pour un état de dissimuler sa responsabilité.

A cet égard, Internet fournit bien évidemment une pléthore de possibilités de dissimulation et dans le cadre des conflits qui nous occupent, permet de comprendre quels sont les enjeux de la preuve numérique.

Ainsi, le SANS Institute nous renvoie vers une publication de Radio Liberty que je cite ici : Sergei Markov, a State Duma Deputy from the pro-Kremlin Unified Russia party: "About the cyberattack on Estonia... don't worry, that attack was carried out by my assistant. I won't tell you his name, because then he might not be able to get visas."

Il ajoute même : "Turns out it was purely a reaction from civil society," Markov reportedly said, adding ominously, "and, incidentally, such things will happen more and more."

Parallèlement, Wired nous donne la primeur des propos du Georgian National Security Council chief Eka Tkeshelashvili affirmant que des éléments de preuve existe quant l'implication de la Russie, le premier étant la concomittance des attaques avec les affrontements physiques.

Elle avoue cependant ne pas être apte à prouver cela officiellement devant une cour de justice par exemple, au-delà du doute raisonnable. Elle livre pourtant une vision qui est exactement celle que l'on devine dans les propos du député russe et qui a le mérite de concilier les versions avancées préalablement.

On peut sans doute aussi y voir un modèle d'affrontement très intéressant, présage éventuel du futur des cyberguerres et renouveau de la Sainte Trinité de Clausewitz.

At the top of the hierarchy are the "Soldiers": the professional planners, computer scientists, engineers, and other implementers, including the military itself. Next are what some call the "Mercenaries." These are criminal organizations paid to carry out certain elements of the attacks. In this case, there are strong signs implicating an outfit known as the Russian Business Network (RBN). And, finally, there are the "Volunteers." These are individuals with PC’s who are recruited to carry out attacks. They are provided with access to all the necessary software tools, as well as to detailed instructions for carrying out the attacks. In other words, they don’t have to be skilled and “educated” hackers. This is literally a mobilization of the masses."


Source : http://isc.sans.org/diary.html?storyid=5974&rss
http://blog.wired.com/defense/2009/03/georgia-blames.html
http://www.rferl.org/Content/Behind_The_Estonia_Cyberattacks/1505613.html

samedi 7 février 2009

De l'intérêt de la théorie en matière stratégique...

Deux articles de la presse ouverte disponibles ICI et ICI se font l'écho de 2 évènements concernant la cyberguerre et plus généralement ses conséquences.

Cependant, si le premier revient sur les mots du directeur du FBI (le "cybergeddon"), le second relate la tenue d'une conférence, à Londres, portant sur le cyber-warfare, ses éléments de définition et surtout prenant le parti d'explorer le "point de vue" de l'attaquant. Il ne s'agit donc plus de se défendre mais d'être aussi capable d'attaquer et de profiter des opportunités d'un nouveau théâtre d'opérations.

Plusieurs réflexions méritent d'être mise sur le "papier" :

- La première est l'intérêt de la doctrine : sans elle, en effet, on ne peut considérer réellement le cyberespace comme un réel théâtre d'opérations militaires au même titre que l'Air, la Terre ou la mer. La remarquable (au sens de "complexe", "aboutie", "réussie") stratégie médiatique d'Israël n'est pas un acte de guerre dans le cyberespace. Mais les actes parallèles (défaçages, déni de services...) que l'on a pu observer le sont-ils plus ?

Il s'agit donc d'une décision, d'une prise de position que doivent effectuer les stratèges pour donner toute son envergure à cet espace. L'US Air Force dont on connait l'investissemement dans ce domaine pèse évidemment de tout son poids dans ce sens.

Le cybergeddon est de même un positionnement doctrinal fort, sans doute un peu trop : ne lui manquerait-il pas une certaine objectivité ? On en vient à se demander si les intérêts de "pré carré" et autres ne viennent pas intervenir dans ce type de déclarations...

Ne soyons pas naïfs non plus : le CERTA français vient de publier un avis de failles dans un des systèmes SCADA d'Areva de la gestion de l'énergie : prise de contrôle à distance, déni de service sont identifiés comme possibles.

- Une seconde remarque est bien évidemment à faire sur les niveaux d'analyse : la considération d'un nouveau théâtre d'opération introduit dés à présent un positionnement théorique sur l'échelle des niveaux d'analyse. Le tactique et le stratégique étant les deux extrémités de cette chaîne.

Cependant, l'article d'Infoguerre qui contient par ailleurs quelques prescriptions cohérentes bien qu'un peu éculées entretient une confusion qui perturbe la compréhension et amoindrit à la fois le propos et la qualité de l'article.

En effet, l'auteur nous engage à nous hisser à des niveaux supérieurs de réflexions pour considérer les enjeux importants que présentent de tels risques. Au contraire nous dit-il, se focaliser sur des politiques organisationnelles de sécurité informatique et autres interdictions de clés USB ne serait qu'une grossière erreur..

Or pourtant, ce que n'a pas compris cet auteur est que l'un comme l'autre ne sont pas contradictoires. Le "caporal stratégique" du système d'information a tout de même besoin du général et du stratège pour effectuer correctement ses tâches. De même que toute la chaine entre les deux...

Plus encore, l'absence de politique de sécurité correcte ou de formation des utilisateurs...ne peut permettre de créer une infrastructure ou même un système apte à deux actions essentielles : soutenir les forces dans les opérations militaires et protéger ce qui doit l'être ET éventuellement, être capable d'attaquer.

"La preuve !" direz-vous : le ver Conflicker et les déboires de la Marine et des armées. Les causes : un ver (dont la première qualité est la transmission par tous les moyens possibles et notamment les clés USB), et l'omission des mises à jour sur le parc applicatif et matériel, solution de sécurité recommandée par tous les experts. (en bref: le non respect d'une politique de sécurité cohérente).
Les résultats : réseaux isolés, incapacité à chiffrer l'étendue des dégats, paralysie temporaire des Rafale au sol alors même que ces réseaux informatiques sont censées être imperméables...Sic

Tout est dit : les niveaux d'analyse nous permettent de considérer la place et l'importance de chacun de ces éléments. Dénigrer telle ou telle approche est donc une erreur théorique et de là, une erreur stratégique !

jeudi 22 janvier 2009

Israel on Youtube

Dans le cadre de la stratégie médiatique d'Israël en parallèle aux opérations militaires dans Gaza, les porte-parole ont obtenu l'autorisation de créer une "chaine" sur Youtube.

Cf. : http://fr.youtube.com/user/idfnadesk

Source : http://blog.wired.com/defense/2009/01/israels-acciden.html

Twitter Mining from SANS Institute

Le SANS Institute, une référence en matière de sécurité de l'information (mutualisation des informations et formations) publie un court article sur les opportunités en matière de text-mining sur le site de micro-blogging Twitter.

La réactivité de ce service est sans équivalente : que ce soit le cas de l'airbus qui a amerri sur l'Hudson ou des attentats de Mumbaï, l'information est "parvenu" au Monde sur Twitter bien avant toutes les sources d'informations.

Et sans doute même avant la plupart des blogs désormais "classiques". Le format SMS de Twitter le rapproche encore d'une réaction épidermique et l'usage de la syntaxe des mobiles est en phase avec le développement sans précédent de l'Internet mobile. Il est bien plus facile d'utiliser son mobile n'importe ou que son ordinateur et il est plus facile d'utiliser Twitter que d'autres types de services avec son mobile.

Il est donc logique qu'un grand nombre d'information y soient disponibles et il s'ensuit que des analyses s'appuyant sur cette masse d'information (text-mining, data-mining) soient réalisables. Cependant, l'article apporte une vraie valeur en listant les types d'analyses disponibles et les divers sites les réalisant...

Bonne lecture ;)

Source : http://isc.sans.org/diary.html?storyid=5728&rss

mercredi 14 janvier 2009

Pis que pendre...

Encore une fois, nous revenons à la charge menée contre la "cyberguerre" et dévoilons ici une nouvelle dimension de ces conflits.

La presse spécialisée dans le domaine de la sécurité informatique s'est récemment faite l'écho de la publication par divers organismes américains, agences fédérales et organismes privés, du Top 25 des plus grandes erreurs de programmation engendrant des failles de sécurité.

Bien évidemment, les grands éditeurs de logiciels ont participé comme Microsoft, Symantec mais aussi Oracle (un des leaders en matière de bases de données) mais ils sont aussi les cibles premières de ces erreurs.

Il n'est pas besoin d'expliquer un quoi une erreur dite applicative (càd d'une application, d'un programme) dans un programme trés répandu (Ex. Windows utilisé par environ 95% des machines dans le monde) peut être très attractive pour les pirates de tout poil ou faciliter une opération militaire quelconque intégrant une dimension informatique.

Il existerait un "marché" des failles dites 0-Day, c'est à dire des failles dans des programmes et n'ayant pas encore de solution publiée (de type patches par exemple). Ce type de marché est un indicateur clair de l'importance que peuvent prendre ces failles.

Le politologue Jean-Loup SAMAAN appelle dans un article publié dans la revue Politique Etrangère à une plus grande utilisation des partenariats public-privé. On ne saurait trop insister sur l'importance qu'il y a à pouvoir être certain que les applications les plus largement utilisées dans nos organisations, tant publiques que privées, applications n'étant d'ailleurs que rarement française, soient suffisamment sécurisées pour n'offrir que peu de prises à des attaques de provenance diverses.

Il suffit de deux exemples pour étayer cette thèse : le très grand nombre (encore) de wifi facilement "captable" et uniquement protégé par des "clés" WEP...Il suffit pour un "hacker" de très très bas niveau, de quelques secondes, pour percer à jour cette clé et utiliser librement le réseau. Wired rappelait ainsi que les services de sécurité indiens avait mis au jour l'importance de ces réseaux wi-fi faiblement protégés dans les attentats de Mumbai. A tel point que lesdits services se permettraient de chercher et de débrancher lesdits wifis...

Plus encore, la DCSSI (organisme gouvernemental en charge de la sécurité des SI) aurait émis en direction de Microsoft une demande expresse accompagnée de critiques sévères concernant le niveau de chiffrement protégeant les mots de passe des utilisateurs Windows.

La solution n'est pourtant pas forcément dans le logiciel libre mais elle est certainement présente dans une approche globale de cette réalité et dans une prise de conscience largement répandue...

Source : http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-la-nsa-liste-le-top-25-des-erreurs-de-programmation-ouvrant-des-failles-de-securite-27812.html // http://blog.wired.com/defense/2009/01/open-wi-fi-is-f.html // http://www.spyworld-actu.com/spip.php?article9696 (notez la mention "certifiée" des lignes de code qui indique une réflexion sur les failles décelables, un "audit" des programmes)

dimanche 11 janvier 2009

Gaza : les mots entrent en guerre...

L'opération "Plomb Durci"...Passé le premier sourire en coin que ce nom évoque (il doit mieux "sonner" dans d'autres idiomes), l'analyste qui sommeille en nous réagit et établit le lien entre plusieurs informations...

Tout d'abord, il est vrai que les opérations militaires portent généralement des noms qui servent aussi à faire passer un message. De même, le Web réagit plutôt violemment à cette opération et cela se voit à plusieurs niveaux.

A l'instar des différentes manifestations dont les médias se font l'écho, les discussions et commentaires s'affrontent à propos d'Israël et de Gaza, de l'opération Plomb Durci...De Flickr (site de partage photo commentées) à Libération, certains journaux sont obligés de fermer des espaces de discussions en raisons des débordements constatés.

Débordements organisés ou pas ? L'internaute moyen se sent protégé par l'anonymat et s'impose donc moins de contraintes que dans ses discussions en face-à-face : les contraintes sociales n'ont pas vocation à s'appliquer sur Internet...Un esclandre dans le métro fait honte mais sur Internet, personne ne vous voit.

Plus intéressant est l'opinion que nous partageons ici concernant l'existence et la pratique déviante d'une "guerre des mots" sur les forums. Peu importe les buts que l'on devine assez aisément, la forme est intéresante : encore une "cyberguerre" qui ne dirait pas son nom ?

Ainsi, Jean-Yves CAMUS, chercheur à l'IRIS dénonce-t-il une guerre des mots dans les forums. Selon lui, il existe en effet de véritables "commandos" d'internautes qui interviennent pour perturber ou saturer certains forums. Certains d'entre eux étant des groupes constitués uniquement sur Internet autour d'idéologie délirantes autour de théorie du complot. (http://www.liberation.fr/monde/0101310208-gaza-il-existe-une-sorte-de-guerilla-informatique-sur-les-forums).

Cela vous choque ? Parcourez des forums, vous trouverez inévitablement des messages vantant les mérites de tels ou tels personnes, produits etc...et son corollaire un peu plus bas "encore un fake " (faux message) qui signale une participation déviante : on n'est plus dans l'opinion mais dans sa manipulation....

Plus que jamais, l'esprit critique tant vanté en France est nécessaire. Il y a donc une question d'éducation à laquelle nos institutions devront répondre. Combien de fois ai-je reçu des mails de proches cultivés, intelligents, même parfois libre-penseurs tombés dans le piège du : " en cas de tentative de racket, tapez votre code de carte bleue à l'envers, cela préviendra la police...." et accessoirement le racketteur qui n'a besoin que de deux essais quand les distributeurs en autorisent 3...

On notera pour illustrer la complexité de la notion de cyberguerre que l'hacktivisme est ici au centre du conflits observés et que guerre des mots n'empêche pas défaçages, y compris aux USA ou encore à l'OTAN qui ont vu plusieurs de leurs sités modifiés sans autorisation...

Plus encore, la chaine de diffusion Al-Aqsa a été prise pour cible par Israël dès le début des hostilités à la fois "physiquement" (destruction du principal studio) mais aussi "virtuellement" par le hacking de la chaîne et la diffusion de clips spécialement conçus.

Encore une fois, la cyberguerre n'est pas celle que l'on croyait...

Sources : http://www.spyworld-actu.com/spip.php?article9682 // http://www.liberation.fr/societe/0101310840-guerre-des-mots-sur-internet // http://www.securityfocus.com/brief/884?ref=rss //http://www.zone-h.org/content/view/15002/30/